La nouvelle m’est arrivée alors que je déjeunais au restaurant avec un ami : Le Rafale venait de remporter son premier contrat à l’exportation avec l’Inde plus d’un quart de siècle après son lancement et après avoir déjà coûté une quarantaine de milliards d’euros aux contribuables français (ce qui permet à Serge Dassault d’affirmer sans la moindre gêne que l’état ne doit pas intervenir dans l’économie).
A y regarder de plus près, le contrat est nettement moins « sexy » que ne le laissaient imaginer les premières dépêches. Ce contrat, qui n’est en fait toujours pas signé, représente bien un montant total de 9,1 milliards d’euros pour 126 appareils mais seuls 18 avions seront fabriqués en France tandis que les 108 autres seront estampillés « Made in India ». Ainsi, ce ne sont pas 9.1 milliards d’exportations pour la balance commerciale française qui en aurait bien besoin mais infiniment moins. De plus, avec les transferts de technologie que nous devrons faire aux industriels indiens, rien ne dit qu’ils ne nous feront pas concurrence dans les années à venir, avec des coûts de production incomparables, avec toutes les conséquences que cela peut avoir.
La date de l’annonce de ce pré contrat est emblématique puisqu’elle tombe presque un an jour pour jour après l’annonce de la vente de 4 navires de combat « Mistral » à la Russie qui s’était accompagné, lui aussi, de transferts de technologie (alors que la Russie est loin d’être un pays émergent dans ce domaine) et de la fabrication de deux des navires dans les chantiers navals de Saint Petersbourg (les deux premiers étant fabriqués à Saint Nazaire).
Ce nouveau concept du commerce international, qu’on pourrait baptiser « commerce inéquitable », n’est pas une réalité que dans le matériel militaire mais frappe également le matériel civil de haute technologie.
Ainsi, Airbus a implanté à Tianjin une chaîne de montage d’A320 réservés au marché chinois et les chinois, en signe de reconnaissance, ont réalisé une copie conforme de l’A320 baptisée C 919 fabriqué par COMAC (Commercial Aircraft Corporation of China). Cet avion volera d’ici 2 ans et sera livré aux premières compagnies clientes d’ici 4 ans. Inutile de dire que les contrats d’avions mono couloirs pour Airbus et Boeing vont se réduire à une peau de chagrin et que les Airbus monocouloirs (318-319-320-321) fabriqués à Toulouse et Hambourg et exportés vers la Chine ne vont pas se compter par centaines (les chinois achetant en priorité leur propre avion et les Airbus « Made in China »). L’avion chinois sera d’ailleurs motorisé par le consortium franco-américain GE-SNECMA qui a remporté l’appel d’offre et qui livrera ses moteurs de dernière génération « Leap X 1C » qui seront eux aussi made in China puisque fabriqués dans la nouvelle usine de Shanghaï.
Les allemands pourraient eux aussi se plaindre puisque leur train à grande vitesse, l’ICE, a été copié par les chinois qui envisagent de le vendre, entre autre, à l’état de Californie.
Inutile de dire que ces contrats « mirobolants » annoncés avec tambours et trompettes ne prêtent pas tant que ça à se réjouir puisque ils s’accompagnent tous de transferts de technologie de gré, par contrat, ou de force, par copie. De plus, tous ces produits de haute technologie étant fabriqués sur place, on ne peut pas dire que le bilan pour l’emploi en France soit excellent. On nous répète pourtant depuis des années qu’on va acheter des chemises aux chinois et des tee-shirts aux indiens et qu’en contrepartie ils vont nous acheter des Airbus et des Rafale. Sachant que les Airbus et les Rafale sont ou vont être fabriqués chez eux, que va-t-il nous rester à leur vendre ? Difficile de trouver des produits plus technologiques que ceux-ci. Nous aurait on une fois de plus menti ?
En clair, la mondialisation qu’on nous présente depuis des années comme la panacée, « la mondialisation heureuse » pour citer le grand Mamamouchi de la pensée unique Alain Minc, ne serait-elle qu’un marché de dupes dans lequel les pays occidentaux en général et européens en particulier sont condamnés à être les dindons de la farce ?
Le mot « protectionnisme », considéré comme une quasi grossièreté par ces mêmes tenanciers du pseudo libre échange mondialisé, nous prouve que si nous sommes ouverts à tous les vents, les autres refusent, eux, de jouer le jeu de ce même « libre échange ».
Les américains ne sont pas en reste, eux qui ont fait annuler le contrat des avions ravitailleurs gagné par EADS alors que le consortium européen, pour gagner ce contrat, s’était engagé à ouvrir la chaîne de production de ces avions aux USA.
Enfin, rappelons que les marchés public chinois gagnés par des entreprises étrangères représentent le chiffre mirobolant de 0% (12% aux USA).
On comprend mieux dès lors pourquoi les pays « émergents » émergent tant pendant que nous nous immergeons de plus en plus. Ce nouveau commerce international est en effet calqué sur le célèbre aphorisme de Coluche : « Donne moi ta montre, je te donnerai l’heure ».
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