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Jeudi, 04 Novembre 2010 06:05 |
(Christophe Bugeau,UPF,nucléaire)L’annonce d’un « traité » militaire franco-britannique est en soi un événement et peut être lu à plusieurs niveaux : les implications sont aussi et surtout politiques, elles sont le signal d’une politique plus atlantique de la France et de la remise en cause de la politique franco-allemande au moins dans ce domaine.
En effet, l’annonce de la création d’une force conjointe d’intervention en cas de crise et le rapprochement dans le domaine de la dissuasion nucléaire (en particulier la simulation) sont un signal fort, tout comme le partage à partir de 2020 de l’utilisation de leurs porte-avions (de quelle manière ?).
Cela signifie implicitement de la part de la France un rapprochement avec les puissances anglo-saxonnes sous couvert d’économies budgétaires. Et cela signifie aussi la fin de l’Europe de la défense pensée sous l’égide du couple franco-allemand.
Autant, il est bon pour la France de savoir parfois s’éloigner de l’Allemagne, autant il pourrait être risqué de trop se rapprocher de Londres et Washington : les Anglais ne sont pas indépendants du point de vue nucléaire. Ils disposent de sous-marins et de têtes nucléaires mais les missiles (« fournis » par les Américains) sont sous double clé : Londres a besoin de l’accord des Etats-Unis pour tirer.
La France doit donc être prudente en la matière et réaffirmer l’indépendance de sa force de frappe stratégique. Nous ne souhaitons pas passer sous le parapluie nucléaire américain ! Il faut le réaffirmer.
Une force d’intervention conjointe peut être une bonne chose à condition que les deux brigades mises en commun ne soient pas amenées à intervenir dans des conflits qui ne nous concernent pas : l’Afghanistan est un doigt dans l’engrenage dont il faut se méfier.
Quand à l’utilisation commune des porte-avions, elle semble peu pratique : qui décidera des lieux de patrouilles et des missions à mener en cas d’intervention ? Voila qui promet de fortes discussions (en anglais bien sûr).
En résumé, si l’idée n’est pas forcément mauvaise, elle doit faire l’objet d’une application prudente. Elle est la preuve de la volonté très atlantiste de N. Sarkozy qui a souhaité pleinement réintégrer l’OTAN. Elle est aussi la preuve que l’Europe de la défense ne se fait pas : les pays européens ont des intérêts trop divergents pour cela et il est difficile de s’affranchir de l’OTAN.
Cela peut-il être aussi l’occasion de mener un rapprochement avec les britanniques et de les éloigner quelque peu de l’oncle Sam ? On peut en douter, même si travaillistes et conservateurs n’ont guère apprécié le comportement des américains à leur égard en Irak et en Afghanistan, ils n’en sont pas encore à couper le cordon ombilical.
Aussi, prudence face à un rapprochement à haut risque qui pourrait entraîner la France dans des interventions extérieures contraires à nos intérêts et mettre notre indépendance nucléaire en péril.
Source: UPF
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