Maurice Reyne,Pourquoi les choix énergétiques des verts contribue-t-il à alourdir la dette de la France ? PDF Imprimer Envoyer
Vendredi, 17 Décembre 2010 06:01

Maurice Reyne Ingénieur ENSAIS, ancien directeur des études technico-économiques de CEGOS(Maurice Reyne,verts)Alors que notre pays possède un atout majeur avec le nucléaire, nous sommes en train de perdre un pari en jouant l’éolien et le solaire, énergies inconstantes, pour lesquelles tout l’équipement de haute valeur ajouté est importé, et dont notre pays n’assure que l’assemblage et la maintenance.
 


Importations :
. Nacelle d’éolienne d’Allemagne essentiellement : environ 120 millions € en 2009.
Code 85 02 31 00 statistiques du Commerce Extérieur
. Cellules PV: Provenant surtout de Chine : environ 1 milliard € en 2009 et 1,8 milliard € pour 2010.
Code 85 41 40 90, statistiques du Commerce Extérieur.

Par ailleurs, de généreuses subventions récompensent, sur 20 ans, une minorité d’utilisateurs :
2à 3 fois le coût du nucléaire pour l’éolien, et 8 à 12 pour le photovoltaïque, plus crédit d’impôt.
Ainsi, on brûle la chandelle par les 2 bouts.
Alors qu’il s’agit d’énergies intermittentes, donc d’appoint . Pas d’éolien sans vent convenable, pas de photovoltaïque la nuit ou sans soleil adapté. Avec dans les 2 cas des productions variables, et comme l’électricité ne se stocke pas, ceci oblige à lancer des centrales à flamme (gaz ou charbon) pour assurer la continuité de la demande d’où une production de CO 2.
Il faut rappeler ici que la « vertueuse » Allemagne produit 2 fois plus de CO 2 que la France
Ajoutons qu’avec ces systèmes décentralisés on induit de nouvelles lignes avec pertes de charge (plus 150 t de béton pour le socle d’une éolienne, et 5 ans pour rendre la consommation de fabrication d’une cellule PV)
Et ceci, pour fournir une énergie marginale : 1 % de la consommation électrique de la France pour l’éolien et moins de 0,1 % pour le photovoltaïque. Alors que le nucléaire en fournit 78 % et l’hydraulique 12 %. Le jeu en vaut-il la chandelle ?
Il faut savoir que, grâce au nucléaire, nous bénéficions en France de l’électricité la moins chère d’Europe (ce que savent bien les industriels voisins qui nous l’envient). À tel point que l’ensemble des concurrents d’EDF demande à l’UE que 25 % leur soit cédée à prix coûtant… « pour assainir la concurrence » sic (Loi NOME en cours).


Il faut ne jamais oublier que dans tous les cas : Subventions = Impôts


 

Comment relancer l’industrie française ?

La filière énergétique reste primordiale, car elle commande le développement de notre nation en créant de la richesse, et, il existe des marchés énormes dans le Monde (problème démographique). Avec les points forts français suivants:

- Le Pétrole avec TOTAL, notre plus gros contribuable, qui compte parmi les « bigs five » dans un domaine qui comptera encore pour un demi-siècle. Accompagné par l’expérience reconnue de l’IFP et du tubiste VALLOUREC.
- Le Gaz, la France n’en produit pas, mais GDF-SUEZ contrôle une part importante de son marché (futur gaz de schiste), et AIR LIQUIDE présent dans le Monde entier pour les gaz industriels (et dans l’avenir pour l’hydrogène).
- Le Nucléaire avec AREVA présent de la mine au retraitement, et EDF 1er producteur d’électricité de la Planète, auquel il faut ajouter le CEA pour sa maîtrise de l’atome
Et, bien sur, la présence d’ALSTOM sur toute la filière dont les turbines hydraulique ou vapeur (les plus puissantes existantes), et les alternateurs, accompagné de SCHNEIDER pour les équipements électriques
Auxquels s’ajoutent encore, « les gros » du BTP : BOUYGUES, EIFFAGE, VINCI… et le concepteur de barrages Coyne-Bellier.

Tous constituent notre force à l’exportation car 2 gros problèmes essentiels vont se poser :
- L’eau :Il faudra satisfaire les besoins mondiaux d’eau douce, c’est-à-dire, dessaler l’eau de mer, d’où une nouvelle dépense drastique d’énergie. C’est le « marché de la faim », car, l’agriculture et l’élevage consomment 70 % d’eau potable, et font vivre plus d’un milliard de personnes. Sans électricité pas d’eau ni de conservation possible des aliments ou médicaments.
.- L’électricité, ici aussi, plus de milliard d’humains en est privée, alors que les besoins sont énormes pour réduire la pénibilité de travail dans le Monde.
- De plus, quelque 3 milliards d’individus ignorent l’assainissement basique. Et, deux firmes françaises : Suez ou Véolia, sont très bien placées pour apporter des solutions en ces domaines.

Il ne faut jamais oublier que c’est l’industrie qui assure l’essentiel de la plus value d’une nation et, qu’une France sans usines et sans bureaux d’études est un pays qui se meurt.

Mais, le redéveloppement nécessite un préalable. Rien ne bougera sans une modification complète des mentalités, car, il importe de redresser l’image de l’industrie, et non de considérer que la technique est réservée au moins doués.
L’industrie en France reste mal-aimée et peu attractive. La production demeure le parent pauvre de l’entreprise, mal rémunérée face à la finance, et les ingénieurs qui choisissent de rester sur le terrain réduisent leurs chances d’arriver un jour à un poste de direction.


Ce discrédit jeté sur la technique a eu pour conséquence une surévaluation du travail de bureau. Il est particulièrement choquant, pour quiconque a connu la vie d’usine, qu’à formation égale, un employé de bureau (banque ou administration), soit mieux rémunéré qu’un ouvrier dans l’atelier soumis à une cadence de travail plus pénible en temps mesuré. L’usine garde une connotation terne,voire démodée.
De plus, à l’opposé des Allemands, nos grands patrons n’ont pas le sens du métier, ils peuvent aisément passer de la sidérurgie aux assurances, puis revenir à l’automobile et se retrouver ensuite à la tête d’une banque ou d’un groupe alimentaire. Le but essentiel étant le pouvoir…et s’y maintenir.
 

Quelles sont les grandes voies de développement ?

Il existe fort heureusement encore des possibilités de re-développement :

- D’abord en renforçant nos atouts industriels nationaux, qui sont nos « locomotives » (comme on vient de le voir). En renforçant leur soutraitants pour en faire des entreprises de taille intrmédiaire (ETI).

- Ensuite, mettre en œuvre le nucléaire de quatrième génération qui fera disparaître une peur qui n’a pas lieu d’être à terme. Par le développement du surgénérateur, qui utilisera de l’uranium non fissile (abondant) et les déchets actuels de fission, ce qui rendra cette énergie renouvelable. La faisabilité du procédé est déjà assurée, mais il reste à la sécuriser.

L’arrêt prématuré de « Super Phénix » à fait perdre plus de 20 ans d’avance technique à la France. (Il est vrai qu’il y eut des incidents, comme dans toutes les techniques de « rupture »… et surtout un mort lors de manifestations). Les Japonais n’ont jamais abandonné cette voie et le projet français est reparti sous le nom de réacteur RJH (en hommage à Jules Horowitz grand spécialiste de l’atome).

A plus long terme, utiliser la Fusion, à base de deutérium et tritium, issus de l’eau de mer, et ne laissant pratiquement pas de déchets (rappelons que le prototype international ITER qui sera réalisé à Cadarache a été confié à la France). Cette énergie constituera probablement la grande découverte du XXI ème siècle, et supprimera totalement "l'épée de Damoclès" des systèmes à base fossile.

- Mettre l’impact sur les nanotechnologies qui pourraient être, pour la France, un renouvellement industriel, comme l’ont été les composants électroniques pour les USA au cours de ces dernières années.
Essayons de vulgariser ce concept pour mieux le faire comprendre, ou le présenter sous un aspect différent.
Sommairement, les nanotechnologies consistent à :
Organiser la matière dans sa structure interne (et non par une déformation externe dans sa masse) en créant des fonctions nouvelles miniaturisées
De plus, les nanotechnologies se proposent, dans le futur, d’aller plus loin et de manipuler les atomes, c’est-à-dire les réorganiser ou les agencer intérieurement (comme un Légo), molécules par molécules, de façon à créer des nanostructures plus fonctionnelles.
Et ceci à partir des quelques seuls 112 éléments terrestres, donc « naturels », existants (répertoriés dans la fameuse table de Mandélaiev, déjà vue).

En résumé, il serait souhaitable de :

1 – Supprimer toutes les subventions et crédits d’impôts sur l’énergie, car tout système efficace se doit d’être rentable par lui-même.

2 – Relancer notre industrie en s’appuyant sur ses atouts, et redresser l’image et l’enseignement de la technique

3 – Mettre en œuvre le nucléaire de quatrième génération (en moins d’une génération)

4 – Développer les nanotechnologies, qui pourrons nous entraîner vers une nouvelle ère de progrès. C’est l’avenir pour nos descendants.

4 – Se défier du principe de précaution.

On retrouve toujours, chez les « verts » une opposition au progrès, en vertu de ce fameux principe (hélas, inscrit dans notre constitution)… mais avec lequel un avion n’aurait jamais pu voler.
Pourtant, on ne progresse pas sans risques…
Où alors il faut l’appeler par son vrai nom : Principe d’irresponsabilité, ce serait plus clair.



Maurice Reyne
Ingénieur ENSAIS, ancien directeur des études technico-économiques de CEGOS
Conseiller et expert au Ministère de l’Economie et des Finances
Auteur de plus de trente ouvrages
 

 
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