La France se vit plus que jamais à visage découvert par Karim Ouchikh PDF Imprimer Envoyer
Mardi, 27 Septembre 2011 09:14

La France se vit plus que jamais à visage découvert par Karim OuchikhSelon les dernières statistiques officieuses qui circulent ici ou là, moins d’un millier de femmes porteraient effectivement le voile intégral en France, depuis l’entrée en vigueur en avril dernier de la loi votée le 11 octobre 2010 interdisant, sur l’ensemble du territoire français, la dissimulation du visage dans l’espace public. Au regard des 2.000 femmes, adeptes de ce vêtement, dont la présence aurait été détectée en 2010, elles seraient à présent si peu nombreuses que le phénomène du port du voile intégral, en constante diminution nous dit-on, ne mériterait guère de s’y attarder. Circulez, il n’y aurait donc plus rien à voir ! Et pourtant…

Apparu depuis une dizaine année, à la faveur de l’expansion rapide en France de mouvements fondamentalistes, de la mouvance salafiste aux missionnaires tablighis, qui prônent partout dans le monde un retour à l’islam rigoriste des origines, le voile intégral constitue, avec les prières de rue, l’expression militante la plus radicale de ce prosélytisme actif, ce à quoi les adeptes d’un islam décomplexé se livrent aujourd’hui ouvertement, sans plus éprouver désormais le moindre scrupule. A ceux qui ne l’auraient toujours pas compris, le message adressé aux Français par ces fondamentalistes religieux se veut des plus limpides : puisque la conception libérale de la laïcité et le principe absolu d’égalité réservent en France un statut juridique semblable aux religions présentes dans l’hexagone, sans autrement distinguer les cultes fraîchement implantés, tel l’Islam, des religions historiques, - au premier rang desquelles se range la religion catholique, auquel il est refusé plus que jamais une prééminence pourtant légitime - pourquoi ne pas alors investir ostensiblement l’espace public, délaissé par l’Etat en vertu du principe de neutralité, s’y afficher durablement, sans baisser les yeux, et conquérir de la sorte l’âme des fidèles musulmans indécis, chaque croyant étant invité alors à affermir davantage sa foi au for interne et à ne plus la taire publiquement ?
 

A y regarder de plus près, le port du voile intégral (de la burqa à ses succédanés les plus divers, hijab ou niquab), qui dissimule en tout ou partie le corps et le visage de la femme du regard d’autrui, révèle moins l’existence d’une obligation rituelle qui serait explicitement prescrite par le Coran ou par tout autre texte religieux, que l’expression séculaire d’une domination masculine rétrograde, que les sociétés musulmanes ne parviennent toujours pas, pour leur malheur, à dépasser. Qu’elle soit contrainte ou librement choisie par les intéressées, cette pratique idéologique reste à coup sûr épouvantable : parce qu’elle implique rien moins qu’une conception régressive du regard portée sur la femme et de la place que celle-ci doit occuper au sein de nos sociétés, elle demeure en vérité radicalement étrangère à la culture judéo-chrétienne qui caractérise en profondeur notre civilisation occidentale.
 

Avec le voile islamique, nous sommes bien loin en effet de la vocation spirituelle réservée par la religion chrétienne à ce vêtement traditionnel : « Le voile est toujours le signe caractéristique de toutes les grandes missions de la femme. Le symbole du voile attribue à la femme, avant tout, l’invisible : amour bonté, pitié, sollicitude, protection, toutes les valeurs dont la substance est réellement cachée au monde et la plupart du temps trahie… »

(Gertrude Von Le Fort, La femme éternelle, citée par Gérard Leclerc, France catholique, 5 février 2010). Et lorsque, dans un registre littéraire, citant le voile dans ces quelques vers, Giacomo Leopardi célèbre la pudeur intrinsèque de la femme et la discrétion naturelle de sa présence, en magnifiant la noblesse de cet atour vestimentaire, le poète italien ne fait évidemment en rien l’apologie du voile intégral, véritable cage de tissu qui emprisonne le visage de la femme pour l’exclure du regard de l’autre, la privant ainsi définitivement de son humanité même : « Chère beauté qui, loin/M’inspires amour, en voilant ton visage… » (A sa dame, Giacomo Leopardi, Chants). Au fond, partant intuitivement de ce constat quasi-philosophique, que n’aurait pas renié un Emmanuel Levinas, Irina Bokova, directrice de l’UNESCO n’avait pas tort d’appeler de ses voeux, en octobre 2009, peu de temps après ce diplomate bulgare n’ait été élu à ce poste, la disparition en Europe occidentale du voile intégral.

Face à pareil défi, nos sociétés occidentales s’organisent peu à peu. Avec l’entrée en vigueur, au printemps dernier, de la loi interdisant le port de ce vêtement, en n’étant guère soutenue en cela par le Conseil français du culte musulman (CFCM), la France fut le premier pays à prendre clairement position, en s’attirant au passage les foudres sévères des Etats-Unis, - qui voient dans cette législation singulière l’expression d’une atteinte intolérable à la liberté des cultes, principe érigé, outre-Atlantique, de manière absolue - davantage que les protestations des pays musulmans qui, à l’égard de leurs minorités confessionnelles, se savent lucidement bien peu exemplaires en matière de liberté religieuse. Si la question agite tous les pays européens, pareillement assaillis par le phénomène anxiogène du port du voile intégral, peu ont pris cependant l’initiative de légiférer à l’exemple de la France, qui a su assortir cette prohibition de sanctions pénales, tant sont pesants en ce domaine les frilosités et les interdits dérivant du politiquement correct : seule la Belgique a adopté à ce jour, en juillet dernier, une loi conçue selon le modèle français, en renforçant notablement la gravité des sanctions pénales ; les Pays-Bas s’apprêtent sou peu à suivre l’exemple français, en attendant vraisemblablement la prochaine entrée en piste de l’Autriche et du Danemark.
 

Acteurs de ces luttes d’influences qui sont à l’œuvre partout en Europe, les zélateurs du port du voile intégral savent pouvoir compter sur cette question, moins sur le concours passif de millions de fidèles musulmans qui peuplent désormais les pays du continent européen, des rives de la Baltique aux rivages de la Méditerranée, que sur la cécité des oligarchies européennes, qui demeurent pareillement disposées à céder naïvement aux exigences des fondamentalistes islamistes, au nom de principes juridiques intangibles fondés sur les notions d’égalité des religions et de libre exercice des cultes, appliqués trop souvent sans guère de discernement dans nombre de pays européens, notamment en Grande-Bretagne, avec les excès que l’on sait : parmi ces faux crédules, Thomas Hammarberg, commissaire aux droits de l’Homme auprès du Conseil de l‘Europe, - institution européenne qui avait déjà condamné en mars 2010 les projets d’interdiction générale du voile intégral- n’a-t-il pas proclamé récemment, non sans aveuglement, son hostilité farouche à la législation française anti-burqa et mis en garde les autres pays européens qui seraient tentés de la suivre sur ce chemin (Le Monde, 28 mai 2010) ?
 

Dès lors, sur cette affaire si symbolique, comme sur bien d’autres sujets de société, tous les regards se portent vers la Cour européenne des droits de l’homme de Strasbourg (CEDH), dont chacun peut mesurer ces dernières années, au fil de sa jurisprudence prétorienne, à l’égale de celle rendue par la Cour de Justice de Bruxelles, l’étendue de ses ambitions normatives, qui ne visent rien moins qu’à bâtir vaille que vaille un droit européen uniforme, appelé à se construire arbitrairement, selon un rationalisme abstrait, aux dépens des droits et des particularismes nationaux.
 

Condamnées le 22 septembre 2011 par le tribunal de police de Meaux (Seine-et-Marne), aux termes d’un jugement inédit, au paiement d’une amende d’un montant respectif de 120 et de 80 euros, pour avoir pareillement enfreint la législation sur la dissimulation du visage dans l’espace public, Hind Ahmas, 32 ans, et Najatte Naït Ali, 36 ans, n’ont jamais fait mystère de leur commune intention d’épuiser toutes les voies de recours qui leur sont ouvertes pour, in fine, saisir la CEDH de leurs cas et faire condamner la France au motif, selon les intéressées, que notre pays aurait gravement méconnu leurs droits à exercer librement leur culte. A l’aune de la jurisprudence la plus récente de la Cour de Strasbourg, plutôt favorable aux tenants du voile islamique (Ahmet Arslan c/ Turquie CEDH 2ème section - 23 février 2010), elles ont  tout lieu de garder espoir de ce côté là….
 

Préparant le terrain à de futurs justiciables, qui seront vraisemblablement animés du même esprit militant, Hind Ahmas et Najatte Naït Ali ne dissimulent aucunement les objectifs éminemment politiques qui sous-tendent leurs stratégies judiciaires : faire plier la France coûte que coûte, en s’appuyant pour cela sur une condamnation européenne et contraindre de la sorte notre pays à modifier sa législation. Dans cette offensive idéologique menée tout azimut, qui s’appuie par ailleurs sur une complaisance coupable des médias, nos deux récalcitrantes peuvent compter aussi bien sur le concours financier d’un homme d’affaires français, Rachid Nekkaz, qui a mis au service de cette cause une partie de sa fortune personnelle, laquelle est appelée à assurer le paiement systématique des amendes prononcées en cas de condamnations judiciaires, que sur l’appui explicite, entre autres soutiens, d’une figure emblématique du milieu islamique, Kenza Drider, cette avignonnaise qui ambitionne, pour défendre ses opinions politico-religieuses, de se porter candidate aux prochaines élections présidentielles.
 

Autrement dit, les uns comme les autres, de manière sans doute concertée, prennent effrontément à témoin l’opinion publique de notre pays, et appellent sans détours les fidèles musulmans, français ou ressortissants étrangers, à la désobéissance civile, en leur suggérant de faire échec par tous moyens, y compris en pariant sur une ingérence normative extérieure, à l’application d’une loi pourtant démocratiquement votée par les élus du peuple français !
 

Peu à peu, ce discours séditieux infuse insidieusement, partout en France, mettant dangereusement en péril la préservation de l’ordre public dans notre pays : ainsi, récemment, le 11 juillet 2011, un chauffeur de bus de la Régie des Transports Marseillais a été frappé par une groupe de jeunes gens après avoir interdit, conformément aux dispositions légales, l’accès à son véhicule à une femme qui refusait d’enlever son voile, le temps de contrôler son identité (La Provence.fr, 13 juillet 2011) ; dans le même ordre d’idées, une centaine de fidèles musulmans se sont rassemblés devant la gare d’Aulnay-sous-Bois, sans autorisation préfectorale, pour affirmer avec véhémence leur hostilité à la loi prohibant le port du voile, poussant leurs protestations jusqu’à brûler symboliquement un Code civil, non sans prendre à partie des fonctionnaires de police qui tentaient à cette occasion de contrôler l’identité de deux femmes voilées (Le Parisien.fr, 7 août 2011)…

De nature foncièrement communautariste, ces provocations se multiplient insensiblement et s’expriment de plus en plus ouvertement, au risque de briser la précieuse unité de notre pays : de l’exercice séparé, selon les sexes, de pratiques sportives, comme hier à Lille, au libre port du voile intégral aujourd’hui abusivement revendiquée partout en France, à l’application demain dans certains des quartiers de nos banlieues de la charia, à l’instar du fâcheux précédent britannique, qui ne voit au fond, avec ces exemples qui sont tout sauf marginaux, que la France tourne le dos, irrésistiblement, au modèle de civilisation qui a toujours été le sien, au socle identitaire que les générations passées lui ont légué au fil de son histoire multiséculaire ? Cet héritage insigne que notre pays peine à présent, pour mille raisons, à honorer et à transmettre à nos enfants, nos gouvernants seraient bien inspirés, sans plus tarder, de s’alarmer de son effondrement silencieux, tout en se gendarmant vigoureusement pour en assurer enfin sa conservation légitime, dans un sursaut de courage qui, à l’évidence, tarde à venir.
 

Dans ce conflit de civilisations dans lequel nous entrons de plain-pied, il s’agit en définitive de ne plus transiger : « A Rome, fais comme les Romains » recommandait avec beaucoup de sagesse Saint Ambroise au futur évêque d’Hippone, Saint Augustin ; instruit par ce précepte avisé, nul ne doit plus ignorer que les lois élémentaires de l’hospitalité imposent naturellement à chacun d’épouser fidèlement les coutumes et mœurs du pays d’accueil, sans autrement réclamer de celui-ci qu’il s’adapte à ses pratiques personnelles, quelles qu’elles soient.

Au fait, sur la question du voile intégral, il se dit ici ou là que les Procureurs de la République pratiquent actuellement, partout en France, une politique ‘‘d’apaisement’’, en refusant quasi-systématiquement de poursuivre devant les tribunaux les contrevenantes au respect de la loi prohibant la dissimulation du visage dans l’espace public. Pourtant, dans la plupart des cas de verbalisations aujourd’hui recensés, au nombre de quelques dizaines, le Parquet dispose de solides éléments, collectés par les forces de l’ordre, qui établissent objectivement la réalité des infractions commises sur la voie publique. A quoi sert-il en pratique d’avoir fait voter en 2010, non sans arrière-pensées politiques, une loi prohibant le port du voile intégral, si ce texte doit rester lettre morte, un an après son adoption !
 

Sans vouloir aucunement stigmatiser la pratique estimable de la foi musulmane, ni en accabler ses adeptes, les Français attendent assurément de la Chancellerie, et donc du gouvernement, la manifestation d’une détermination sans faille et d’une fermeté exemplaire pour que cesse enfin l’expression sur la voie publique de ce véritable instrument de propagande religieuse auquel se réduit en somme le port du voile intégral : le classement sans suites de toutes ces procédures pénales, qui sonne comme un dramatique aveu de faiblesse de la puissance publique, est-elle la meilleure méthode pour contenir aujourd’hui et éradiquer demain cette dérive mortifère ?
 

Karim Ouchikh

 
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