Du bon usage de quelques Roms par Raphaël Dargent PDF Imprimer Envoyer
Mardi, 31 Août 2010 19:46

Raphaël Dargent président du Cercle jeune France(Cercle jeune France ,Villepin,Moscovici,ps)Les heures les plus sombres de notre histoire, les heures les plus sombres de notre histoire... L’expression est partout depuis quelques semaines au sujet du renvoi de quelques centaines de Roms vers la Roumanie, leur pays d’origine.

 C’est désormais à chaque fois qu’un gouvernement met en oeuvre le minimum requis des mesures pour lutter contre l’immigration illégale ou contre la montée des violences faites aux personnes et aux biens que toute la bien-pensance – mais pas seulement : des pans entiers des corps constitués ou des forces d’opinion – se lève comme un seul homme pour crier au « fascisme », au « racisme d’Etat », et nous répéter que ces mesures somme toute de salubrité publique rappellent celles honnies entre toutes – horresco referens – « des heures les plus sombres de notre histoire », à savoir celles antisémites du gouvernement de Vichy ! Il faut dire ici combien une telle rhétorique est outrée et constitue non seulement un abus de langage choquant, mais un scandale au regard même de ce que furent en réalité ces années de guerre.

Abus de langage

Dans cette question des Roms, on aura en effet tout entendu.

A gauche d’abord. Pierre Moscovici évoqua exactement « les heures les plus sombres de notre histoire », précisant que « dans l’esprit du chef de l’Etat, il y a une sous-catégorie de Français, qui ne mérite pas les mêmes droits que les Français de souche », propos rappelant sciemment le statut des Juifs sous l’Occupation ; Eva Joly, candidate probable des écologistes à la prochaine élection présidentielle parla, elle, de « racisme d’Etat » ; Ségolène Royal de « surenchère populiste et xénophobe » ; la Ligue des Droits de l’Homme accusa le président d’agiter « les refrains des années 30 ».

PlenelEn marge de cette question des Roms, le sieur Edwy Plenel, directeur de Mediapart, qualifia le président de la République de « délinquant constitutionnel », estimant que celui-ci dans son discours de Grenoble prononcé le 30 juillet dernier au sujet de l’immigration avait « violé la Constitution » en proposant la déchéance de la nationalité pour certains criminels d’origine étrangère, alors même que le premier article de la Constitution assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine. Certes, la formule « d’origine étrangère » employée par le Président était stupide – et même à ce niveau-là de responsabilité stupéfiante de stupidité – mais il faut reconnaître en la matière à Sarkozy le mérite de soulever une vraie question. Que Plenel, trotskyste en diable, retourne l’accusation de délinquance à l’encontre du chef de l’Etat, dit assez bien à quel niveau d’invectives se situe désormais le débat public. Emboîtant le pas à Plenel, Corinne Lepage qualifia le discours sarkozyste de « coup de poignard dans le dos de la République. »



Mais à droite, on n’est pas en reste.

Rachida Dati, soucieuse sans doute de se rappeler au bon souvenir des Français et lorgnant sur quelques strapontins à sa mesure, y est allé de son couplet appelant à cesser de « stigmatiser tous ces « Français de la diversité » comme des « enfants de l’immigration ». »

Christine Boutin s’est dite choquée par la politique menée et regrette « la stigmatisation de telle ou telle communauté » ; pour elle il y a « fêlure » avec le gouvernement. La belle affaire ! Jean-Pierre Raffarin est également monté au créneau, regrettant « une dérive droitière » du parti présidentiel, confirmant ainsi que le jeu des ambitions et des rancoeurs était bien en branle à droite. Et que chacun était déjà aux recompositions partisanes et à jouer le coup d’après. M. Jean-Pierre Grand, qui fait partie de la cohorte drôlatique des députés qualifiés de « villepinistes », parla lui de « rafles », ni plus ni moins. Doit-on rappeler à ce M. Grand qu’entre 1941 et 1944, on n’a guère vu de raflés volontaires, de raflés à qui Vichy octroyaient une obole pour rejoindre Drancy puis monter dans les wagons ? Bien peu aussi à qui l’on donna une obole plus importante encore dans le cas où ces raflés avaient un projet viable sur le plan professionnel. Et pour cause !

Villepin et les Français moyens

Mais c’est Dominique de Villepin lui-même qui tint en la matière le haut de l’affiche. Lequel dans une tribune au journal Le Monde, parla il y a quelques jours d’ « indignité nationale ». Le chevalier Villepin monte donc sur son flambant destrier et lance les mots. Est-ce un autre Appel à la résistance ? un autre 18 juin ? « Il y a aujourd’hui sur notre drapeau une tache de honte. Se taire, c’est déjà être complice. Il appartient à chaque Française, à chaque Français, de réagir en conscience, quels que soient son âge et sa condition et où qu’il se trouve, à Paris ou en province, pour marquer son refus de cette dérive inacceptable. [...] Le moment vient où les yeux des plus naïfs, des plus incrédules vont enfin s’ouvrir. [...] Il y a aujourd’hui un devoir à remplir pour tous les républicains de France, face à l’hydre qu’un président et ses courtisans voudraient réveiller au fond de chacun de nous. » Pouf, pouf...

Trêve de plaisanterie, pour preuve de cette tache sur le drapeau, Villepin se réfère à la presse étrangère et au regard peu amène qu’elle porte désormais sur la « patrie des droits de l’homme ». Dominique de Villepin ne vit pas dans le même monde que nous autres, pauvres Français moyens. Il ne sait pas que nous autres, Français moyens qui bossons dur et payons nos impôts, Français moyens qui voyons notre pouvoir d’achat baisser quand on distribue aux sans-papiers l’argent que le pays n’a plus, nous autres Français moyens donc, la presse étrangère, on s’en moque. On ne la lit pas, nous, la presse étrangère. Après avoir turbiné toute notre journée, on a juste le temps de feuilleter à la va-vite le gratuit qu’une étudiante noire nous a glissé entre les mains à la sortie du métro ou de la gare. Franchement, le Français moyen en a-t-il quelque chose à faire de l’opinion des bobos du reste du monde ? Il a bien assez à faire avec les bobos hexagonaux.

Dernièrement, les médias firent leurs choux gras de la décision du jeune militant UMP qui avait été raillé l’an dernier par le ministre de l’Intérieur Hortefeux de quitter le parti majoritaire afin de montrer son désaccord avec la politique sécuritaire et d’immigration du gouvernement. Et le dit militant, « issu de la diversité », de rejoindre le mouvement de Dominique de Villepin ...à grands sons de trompettes comme il se doit.

Au passage, j’en profite pour demander à quelques amis, attirés il y a peu par les sirènes villepinistes, d’y regarder à deux fois. M. de Villepin s’est déjà exprimé contre l’interdiction du voile intégral ; le voilà qui se fait aujourd’hui le défenseur des Roms. Je ne crains pas de le dire : sur le plan économique et social, Villepin ne ferait pas mieux que Sarkozy et peu ou prou la même politique – d’ailleurs, on l’a vu à l’oeuvre – ; sur le plan de la politique d’immigration et de sécurité, au regard de l’état du pays, de la gravité des enjeux et des défis à relever, il ferait bien pire. On sait comment ce genre d’hommes achètent généralement la paix civile et la concorde nationale dont ils ont plein la bouche : par une politique de concessions sans fin et par un jeu de défausse perpétuelle. En réalité, le voile justement est levé : Dominique de Villepin, qui a de la prestance et des mots, n’est point du tout gaulliste ; c’est un chiraquien lettré. Le villepinisme, aussi grandiloquent soit-il, n’est jamais que du chiraquisme, le verbe en plus.

Fausses résistances et vraies gesticulations

Dans cette « affaire » des Roms, certes l’Eglise catholique, par la bouche d’évêques ou de simples prêtres, s’est émue à son tour. Mais les intérêts de l’Etat ne sont pas ceux de l’Eglise, et cela de longue date. De longue date aussi, cette triste vérité que l’Eglise catholique, sentimentaliste et oecuménique à souhait, ne sait plus où elle en est en notre pauvre pays, avec notre pauvre pays. Ce serait à en perdre son latin, si l’Eglise en question ne l’avait point abandonné, justement ce latin, cela avec d’autres menus usages et valeurs.

Alors chacun y va de son petit acte de « résistance », comme si en effet nous étions, quoi, en 1940 ! On refuse ici la Légion d’Honneur ; là on la rend. Tant pis ! Cette Légion d’Honneur, on ne l’a que trop donnée !

Doit-on encore préciser à tous que concernant ces expulsions, il s’agit d’immigrés illégaux, et qu’il ne s’agit en aucun cas de ceux qui détiennent des papiers en bonne et due forme ? Doit-on aussi souligner qu’il s’agit de populations qui s’installent illégalement, sur des terrains privés, terrains dont le pauvre propriétaire est mis devant le fait accompli et ne peut que regarder les dégâts – et les payer ! – occasionnés par le stationnement quand le campement reprend sa route ? Que, comble de tout, ces « gens du voyage » refusent de s’installer là où les emplacements, aménagés aux frais du contribuable, ont été prévus pour leur accueil et leur sont proposés ? Doit-on enfin ouvrir les yeux de tous ces donneurs de leçons et autres champions à la moraline sur la réalité des larcins et vols en tous genres qui suivent généralement l’itinéraire de ces caravanes ? Mais je parle de légalité et d’illégalité sans me rendre compte que plus personne en ces terres ne semble savoir de quoi l’on parle. Il est vrai que dans un pays où un Ministre de la santé s’interroge sur la nécessité de mettre en place des salles publiques afin que les toxicomanes puissent allègrement se droguer en toute sécurité sanitaire, alors même que la drogue est interdite à la vente, la notion même de légalité est devenue d’une relativité extrême.

Enfin, je veux bien qu’on ne soit point d’accord avec la politique du gouvernement en matière d’immigration. Pour ma part, mais cela n’étonnera personne, je trouve cette politique plus gesticulatoire que réellement efficace, et sans doute cette affaire des Roms surgie en plein été n’est-elle en effet qu’une diversion pour faire oublier d’autres « affaires » et amuser le bon peuple. Mais tout de même, qu’on aille jusqu’au bout des attaques : s’il s’agit bien de « rafles », si l’on est en effet en présence d’un « racisme d’Etat », si les avions affrétés pour renvoyer ces populations volontaires dans leur pays équivalent aux wagons à bestiaux qui roulaient vers les camps de la mort, que laisse-t-on entendre ? Que Sarkozy, c’est Pétain ? Que Sarkozy, c’est Hitler ? Un peu de sérieux !

Si chaque matin, dans notre confort post-moderne, alors même que le premier péquin venu peut critiquer le pouvoir en place, vomir ses représentants, les ridiculiser, manifester comme bon lui semble, nous sommes en 1941 ; si chaque matin alors que la radio publique – France Inter pour ne pas la nommer –, média en partie financé par l’Etat, c’est-à-dire par tous les contribuables, de droite comme de gauche, assène sans vergogne ses coups au gouvernement et délivre ses messages de propagande gauchiste, fussent-ils délivrés par de prétendus humoristes, nous sommes en 1941, alors il faut reconnaître que 1941 n’était pas si terrible pour les « démocrates » et que le régime de Vichy était bien libéral. Non, messieurs de la bien-pensance : dieu merci, Vichy, ce n’est pas tous les jours !

Comment ne pas être stupéfait et abasourdi devant la légèreté avec laquelle tous ces gens de gauche comme de droite, élus de na Nation (!), manipulent et instrumentalisent ainsi les drames de notre histoire. En les agitant ainsi, ils croient peut-être nous prémunir de leurs funestes répétitions ; c’est tout l’inverse en vérité : ces drames, ils les banalisent, au point de rendre leurs conséquences insignifiantes et, las, leur répétition possible.

Le plus triste dans cette affaire, c’est que tout cela n’est que de l’agitation, une tempête dans un verre d’eau, et que ces mesures, tant critiquées, qualifiées sans mesure de tout ce qu’il y a de plus ignoble par nos bonnes consciences, nos « nouveaux résistants » à la petite semaine, sont simplement dérisoires, que les Roms expulsés par la porte avec leurs trois cent euros, reviendront demain par la fenêtre, et qu’en réalité ce jeu entre une droite qui fait les gros bras et joue aux durs et une gauche qui joue l’émotion et crie au crime, n’est qu’une mascarade. Au-delà des quelques centaines de Roms concernés, les questions de l’immigration et de la sécurité restent entières et lourdes de menaces pour notre pauvre pays.

Raphaël Dargent

Cercle jeune France

 
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